Natalia ZAVIALOVA

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 Natalia Zavialova dans le giron de Cérès

De la réalité à l’imaginaire et de l’imaginaire au rêve, du rêve à une prise de position d’artiste engagée, Natalia Zavialova obéit aux ordres secrets de son inconscient dont le centre est la femme. L’adéquation entre la nature et l’esprit pour une artiste russe est culturellement acquise, les voix des correspondances murmurent :
Délicate et gracile, une jeune femme nue, née de la terre, assise sur des fraises géantes comme sur des coussins érotiques semble rattachée aux forces souterraines, son fil ombilical la relie à un joyeux papillon qui s’envole. Peinte dans la veine naïve du Douanier Rousseau, elle nous regarde droit dans les yeux, effrontée comme l’Olympia de Manet, mythologique telle une nymphe appétissante, chargée de désir vital. (Une liaison fatale)

Deux femmes s’adressent au spectateur en l’apostrophant, Amour et gloire est une œuvre complexe et narrative, conçue dans l’esprit codifié des icônes byzantines : Pourvu d’ailes, un double énigmatique protége le personnage principal, la femme nue, tenant une clef. Un phylactère court au-dessus de la scène portant l’inscription clairement marquée : « honnit soit qui mal y pense ». L’artiste se sert de ce procédé pictural que l’on trouve dans la peinture médiévale (associées souvent à l’Annonciation) mais aussi dans les icônes orthodoxes réalisant ainsi la fusion entre l’image et la parole.

Ailleurs, elle explore les registres de l’émotion à travers la dimension métaphysique initiée par de Chirico (Les Hypothèses), la sophistication surréaliste dans (Renaissance) la liberté des Futuristes  (Relations).
L’originalité de son œuvre associe naturellement spontanéité et culture, liberté et contrainte.

Natalia tente d’autres formes d’expression plastique : « Dans mes collages, et mes assemblages, contrairement à la peinture où je suis entièrement maître de moi-même, c’est la matière qui me guide. » En se servant de cotillons en papier à la texture granuleuse venant d’excréments d’éléphant, elle crée une œuvre légère et tactile. Au moindre coup de vent, la matière tremble telle la peau qui frissonne sous une caresse (Infinie tendresse.)
Au papier mâché froissé peint à l’acrylique, elle associe des chaînes évoquant le temps de l’obscurantisme, de l’enfermement, la nuit où l’esprit est emprisonné dans l’ignorance, une page de l’histoire de son pays auquel elle reste profondément attachée.

Fragments de visages, sourires et bouches de célébrités dont nous croyons reconnaître les lèvres de Picasso est une œuvre empreinte d’une sensuelle ironie. La sensualité est partout présente dans son œuvre, dans la beauté des corps, dans l’assemblage avec la cravate, les escarpins rouges et les coussins, les semis floraux rappelant les motifs votifs traditionnels russes qu’elle décline et dramatise évoquant tantôt la vie, tantôt la mort.
La sensualité est justement cet invisible approche qu’elle a de la nature, de la société, de l’histoire de l’art, qu’elle matérialise aussi à travers ses photographies. De la réalité banale, elle passe à une réalité subjective onirique et troublante. (La mer Rouge.) Jouant sur la lumière, du simple portrait, elle passe à une radiographie du portrait, suggérant une dimension plus large, plus universelle de l’être participant au cosmos (Le guérisseur de Bally).
Son œuvre s’inspire de la nature, de la grande Cérès laquelle, avec ses codes secrets s’adresse à l’esprit et au corps.
Natalia Zavialova artiste Russe née à Moscou vit et travaille à Paris.

Texte d’Ileana Cornea, critique d’art, 2014