Nicolas BRUANT

,    
traces r.c.a  4

Nicolas Bruant vit et travail à Paris.Devant un paysage, l’artiste, peintre ou dessinateur, semble devoir se plier au spectacle qui l’a séduit, à une certaine nature qu’il a choisi de restituer. Même si la description n’est pas son propos, même si la fidélité n’est pas sa préoccupation, c’est la structure même d’un paysage qui génère la composition de l’œuvre, le rapport des masses qui la construisent mènent à une représentation d’un espace     dont l’œil a défini les limites.
Mais voici donc, ici, des photographies. Elles ont ceci de particulier que le sujet n’est pas un fait donné à Nicolas Bruant. C’est une proposition que lui font les vallons champenois, les champs qui s’étirent, les ciels qui s’estompent. Pourtant l’homme et l’œil de sa caméra ne s’en laissent pas conter. Il est clair que Nicolas dessine une route, en infléchit la courbe, l’oublie, puis la reprend pour la mener jusqu’à l’horizon, qu’il strie les surfaces de ce qui pourrait être une vigne, qu’il ajoute un mur pour ne pas trop dévoiler ses plans, qu’il pose des arbres là où les troncs rythment et hachent les lointains.
Bref qu’il conforme le paysage à ses intentions.
La promenade, dans ces champs austères et généreux, n’en est que plus rêveuse.

Robert Delpire

Il y a de multiples façons d’affronter l’Afrique. Il n’est ici question que de photographie mais quel que soit le point de fascination ou d’ancrage d’un homme d’image, il lui reste encore à choisir une façon de faire, un traitement du sujet qu’il a choisi. Ce qu’il est convenu d’appeler un style. Et la forme, pour être signifiante, ne peut être détachée des intentions. Celles de Nicolas Bruant sont claires.
Il a pris le parti de photographier les animaux d’Afrique. Mais il n’est spécialiste ni de la faune dans son ensemble, ni de certaines espèces en particulier. Il n’est pas naturaliste. Ce monde animal qu’il montre ici exprime, de la façon la plus efficace qui soit, l’essence même d’un continent qu’il connaît non pas dans ses apparences mais dans son intimité.
Il n’y a là aucun souci de description anatomique ou comportementale.
Le bestiaire de Nicolas Bruant ne répond à aucune classification. Ce qui caractérise son travail, c’est que le photographe semble n’avoir rien perturbé, rien modifié. Plongé dans la boue des marigots, enfoui dans les hautes herbes ou noyé dans la brume, il semble être l’un de ces habitants de la savane qui jouent sans fin le jeu de la vie et de la mort.
Il est tout sauf un chasseur. Il ne traque pas. Il fixe ce qui se trame entre le prédateur et sa proie. Il est au coeur de ce constant carnage qu’est un champ d’Afrique. Ce n’est pas une surface sensible mais sa propre sensibilité qu’il place, au plus près, entre l’effroi et la menace.
Le résultat n’est pas une aventure, pas davantage une exploration, c’est une identification.
La technique ? Il n’y a que les amateurs pour croire à la technique.
Traces…
Lancinante, la route couleuvre se déroule et s’offre.
Le chemin à parcourir trace une douce saignée dans la terre noire, terre immuable dans sa pesanteur. Parfois, ici ou là, à la croisée du chemin, la silhouette d’un arbre, d’un panneau indicateur ou d’un oryx halluciné. Au fond, au loin, devant, Nicolas Bruant regarde l’horizon en face. Cet horizon improbable, plein de promesses, qui se dessine à peine, exhorte à le rejoindre au cœur d’un monde qui semble originel. Avec la certitude que derrière l’homme, qui peu à peu se fond dans cette route et dans ce monde, plus rien ne reste à retenir ou qui retienne.
Nicolas Bruant a l’échappée belle car elle ne mène nulle part. Il s’agit bien de cela : son dessein n’est pas dans la destination. Son dessein, c’est le trajet lui-même. Et l’on comprend alors pourquoi chaque image retentit de l’envoûtement puissant du bout du monde.

Caroline Milic

Nicolas Bruant vit et travail à Paris.